Ce soir la Librairie Nicole Maruani avait pris un petit air japonisant pour accueillir l’auteure Ryoko Sekiguchi à l’occasion de la sortie de Diner Fantasma de Manuella Editions. Cette auteure avait déjà publié des livres sont le point de rencontre de la littérature et des arts culinaires tels que L’Astringent aux éditions Argol et un recueil de nouvelles autour de la cuisine et de la gastronomie japonaise intitulé Le club des gourmets et autres cuisines japonaises aux éditions P.O.L.
Cette rencontre a permis d’échanger autour de Dîner fantasma tout en dégustant quelques bouchées japonaises : champignons marinés, mozzarelle aux algues, et des onigiris confectionnés par les libraires elles-mêmes, le tout arrosé de thé genmaicha.

 

Dans Dîner fantasma, Ryoko Sekiguchi reprend le fil conducteur de la cuisine dans une intrigue très originale. En effet, elle détaille tous les éléments à prendre en compte lorsque l’on souhaite réaliser un repas dédié à des fantômes : aliments, moments de la journée, boisson à proposer.
Au cours de la soirée, l’auteure nous livre l’origine de cette intrigue inattendue. Elle nous raconte qu’elle a vécu une expérience extraordinaire avec Felipe Ribon, photographe, lorsqu’ils étaient en résidence à l’Académie de France à Rome en 2014. Ils ont fait la rencontre d’un romain qui au détour d’une conversation leur confie qu’il s’adonnait occasionnellement à des séances de spiritisme. La conversation repris Ryoko Sekyguchi lui indique qu’elle écrit des textes en lien avec la cuisine. Ils se séparent et ce dernier les contacte quelques jours plus tard. Il leur demande de confectionner un repas pour des défunts lors de l’une de leur séance. Ils acceptent l’auteure ne nous donne pas plus de détails sur le déroulement de ce repas ni si elle put finalement diner en tête avec un esprit.
Toutefois, cette expérience originale a été le point de départ d’une réflexion autour des êtres qui nous ont quitté et de considérer le repas comme un moyen de leur rendre hommage. Elle indique que cela a été également l’occasion pour elle de se pencher sur les cinq sens qui permettent de connaître le monde extérieur. Elle dit à ce propos que « La cuisine est un des rares domaines où l’on emploie simultanément les cinq sens. »
Elle indique que lorsque l’on souhaite faire à dîner pour des fantômes de se demander si ceux-ci ont conservé tout en partie leur sens. Toute cette réflexion est présentée sous forme de notes correspondant aux différents chapitres : Notes sur l’eau, notes sur les moments de la journée…très bien documentés et faisant maintes références à des pratiques ou à des fêtes traditionnelles de diverses pays honorant les morts.
L’ouvrage est abondamment illustré des photographies culinaires de Felipe Ribon qui nous donne à voir des aliments sous un autre œil. Ces photographies sont de véritables chefs-d’œuvre mettant en valeur le produit et nous délivrant une vision insoupçonnée.

Au cours de cette soirée, Ryoko Sekiguchi explique qu’elle traite de la cuisine et de la gastronomie dans ses livres pour mener un petit combat. Elle souhaite transformer l’image parfois trop terre à terre que l’on peut avoir de celles-ci. Pour l’auteure, ces thématiques sont riches et permettent de traiter tous les sujets importants de la vie et de la littérature. Elle dit à ce propos que le thème de la cuisine est : « un grand bol où l’on peut mettre tous les sujets importants de la littérature comme l’amitié, l’amour…. ».

 

Elle indique qu’elle a voulu traiter de la cuisine dans ses écrits après la catastrophe de Fukushima . Cet accident a fait de nombreuses victimes. Ces victimes étaient des personnes qui détenaient des recettes familiales, des mains qui avaient un savoir-faire, et qui ont été balayée elles et leurs savoirs.  En quelque sortes, les récits de Ryuko Sekiguchi transmettent ce  savoir culinaire.

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Cette soirée a été très réussie. Une très belle découverte d’un récit de  littérature culinaire et d’une auteure rayonnante au sein d’une librairie accueillante et dynamique.

Note du livre : 9/10